Entretien avec Juliette Pertuisel, Fasciathérapeute
Recevoir un diagnostic est souvent un choc sidérant.
Un avant. Un après.
Entre protocoles médicaux, vocabulaires techniques, examens, décisions à prendre vite, beaucoup de personnes décrivent la même sensation : ne plus être qu’un corps malade pris dans une machine qui les dépasse.
( Cette sidération du corps et de la pensée se retrouve aussi dans d’autres épreuves de vie, comme le burn-out. Lire l’article)
Dans cet entretien, Juliette Pertuisel, Fasciathérapeute à Cossonay en Suisse, partage son expérience d’accompagnement de personne en cours de traitement oncologique. Elle y décrit avec précision ce que la fasciathérapie peut apporter sur les plans physique, émotionnel et existentiel.
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ToggleNe plus être une maladie, redevenir une personne
Dans le parcours oncologique, les protocoles sont souvent nécessaires; mais ils sont aussi standardisés.
La fasciathérapie vient remettre de l’individualité, de l’humanité, du sensible là où la personne peut se sentir réduit à un dossier médical.
Juliette parle souvent de ce moment où la personne cesse de se vivre comme un objet de soins pour redevenir sujet de sa trajectoire.
Non pas contre la médecine, mais en dialogue avec elle.
Réhabituer son corps après les traitements
L’un des exemples les plus marquants concerne une femme suivie pour un cancer du sein.
Un travail autour de la poitrine permet une réappropriation corporelle.
Elle m’a dit : » vous m’avez raccroché la poitrine «
Jusque là, inconsciemment, elle avait dissocié cette partie de son corps.
A partir de là, le rapport change : elle ne soigne plus une « poitrine » mais elle- même.
Cette unité corporelle a eu des effets au-delà du physique :
il lui a permis de se repositionner clairement face à son médecin et de faire un choix éclairé concernant l’hormonothérapie, en accord avec ses valeurs et son ressenti.
Cette réappropriation du corps est une expérience fréquemment décrite après une séance de fasciathérapie. A lire : que ressent-on pendant et après une séance de fasciathérapie.
Diminuer les effets secondaires de la chimiothérapie
Sur le plan physique, Juliette observe également des effets très concrets, notamment sur les troubles digestifs liés aux chimiothérapies.
Chez certaines personnes, une séance de fasciathérapie réalisée le jour même de la chimiothérapie a permis de réduire les effets secondaires de 50% à 80 %.
La différence est décrite comme « le jour et la nuit « .
Quand les effets secondaires envahissent le quotidien, la qualité de vie s’effondre.
Retrouver confiance dans ses perceptions
Après un cancer, chaque sensation devient suspecte.
La peur de la récidive est omniprésente.
La fasciathérapie aide à réapprendre à écouter son corps avec finesse :
distinguer une douleur liée au stress, à la fatigue, à une infection banale…
plutôt que d’être immédiatement submergé par l’angoisse.
Ce travail restaure une confiance profonde :
confiance dans le corps, dans les sensations, dans les émotions.
Ce travail s’appuie sur le fascia comme tissu vivant, continu et sensible.
Sortir de la sidération du diagnostic
Juliette insiste sur un point essentiel :
au moment du diagnostic, beaucoup de personnes sont en état de sidération.
Le corps est figé.
La pensée aussi.
Dans cet état, poser des questions, comprendre les enjeux, demander des explications devient extrêmement difficile.
La fasciathérapie, en remettant du mouvement interne et de la perception corporelle, permet de retrouver une verticalité intérieure.
Certaines personnes accompagnées dès le début du processus retrouvent ainsi la capacité de comprendre, de questionner, de décider.
Juliette ajuste même parfois ses séances autour des grands rendez-vous médicaux, comme on renforcerait des fondations avant une étape clé.
Tenir, puis pouvoir lâcher
Être solide ne veut pas dire aller bien tout le temps.
Un point très juste évoqué dans l’entretien :
souvent, les personnes tiennent pendant les rendez-vous médicaux…
et s’effondrent après.
Et c’est sain.
« Si ça lâche après, c’est parce qu’elles se sont senties suffisamment en sécurité pour pouvoir lâcher. »
La fasciathérapie n’empêche pas les moments difficiles.
Elle permet qu’ils soient accueillis, traversés, intégrés.
Conclusion
Ce témoignage met en lumière une chose essentielle :
la fasciathérapie n’agit pas seulement sur les tissus.
Elle aide les personnes à redevenir actrices de leur parcours,
à habiter leur corps,
à retrouver une dignité, une liberté intérieure, même dans l’épreuve.
Parce que traverser un cancer est peut-être un marathon,
mais on ne le court pas de la même façon quand on se sent soutenu(e), écouté(e), incarné(e).
Et si la fasciathérapie avait sa place en médecine intégrative ?
Le rêve de Juliette est clair :
voir la fasciathérapie intégrée pleinement dans les centres de médecine intégrative en oncologie.
Pas comme une option marginale, mais comme un véritable soutien du vivant, au cœur des parcours de soin.
Et en France : fasciafrance et la fepapp